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Netlinking : liens vérifiables plutôt que volume

Dans un paysage SEO en mutation rapide, le netlinking n’échappe pas au grand mouvement de fond qui touche tout le référencement : la fin des approches purement quantitatives. Les mises à jour de Google, la montée en puissance de systèmes d’IA comme SpamBrain et les retours des praticiens convergent désormais vers un même constat : le volume brut de backlinks n’est plus un levier fiable de performance. Ce qui compte, ce sont des liens vérifiables, c’est‑à‑dire traçables, cohérents, cliqués et éditorialement crédibles.

Les chiffres récents renforcent cette tendance. L’étude Netlinking 2025 Abondance x Flashs montre que 86 % des SEO francophones déclarent préférer « peu de liens mais de haute qualité » plutôt qu’un volume massif de backlinks « moins premium ». Dans le même temps, l’achat de liens reste paradoxalement le levier majoritaire, porté notamment par la pression concurrentielle. Entre ces deux réalités, une ligne directrice se dessine : le futur du netlinking appartiendra à ceux qui sauront construire un profil de liens vérifiable et pertinent, plutôt qu’un simple amas de signaux artificiels.

Le basculement des SEO vers la qualité plutôt que le volume

L’étude Netlinking 2025 menée par Abondance et Flashs auprès de professionnels francophones est particulièrement éclairante. 86 % des répondants déclarent privilégier peu de backlinks mais très qualitatifs, contre seulement 11 % qui misent encore sur le volume, même avec des liens moins premium. Cette évolution illustre une prise de conscience collective : la course à la quantité n’apporte plus les garanties de performance promises il y a dix ans.

On observe par ailleurs un clivage intéressant entre types de stratégies. Les SEO qui s’appuient principalement sur des leviers organiques , relations presse, linkbaiting, outreach éditorial , sont les plus sensibles à la qualité. Ils recherchent des citations éditoriales réelles, des mentions de marque dans des contenus lus, partagés, engagés. À l’inverse, les acheteurs de liens sont quatre fois plus nombreux à privilégier le volume (18 % contre 5 % chez les non‑acheteurs), signe qu’une partie du marché reste encore attachée au modèle historique « plus de liens = plus de puissance ».

Cette tension interne à la profession traduit surtout un changement du rapport coût/bénéfice. Accumuler des centaines de liens faibles est devenu coûteux, risqué et de moins en moins rentable, alors qu’un petit portefeuille de liens vérifiables , provenant de sources identifiées, actives, à l’autorité reconnue , peut peser nettement plus dans l’algorithme. La préférence déclarée pour la qualité reflète donc autant une adaptation aux signaux de Google qu’un réalisme économique.

Achat de liens : toujours dominant, mais de plus en plus risqué

Malgré ce discours pro‑qualité, la même étude 2025 révèle que 48 % des SEO interrogés considèrent encore l’achat de liens comme leur principal levier d’acquisition de backlinks. Les stratégies organiques (RP, linkbaiting, outreach) arrivent seulement en deuxième position à 35 %, devant les échanges de liens (14 %). Même chez les profils les plus expérimentés, le recours prioritaire à l’achat de liens grimpe à 53 %, ce qui montre que la pression concurrentielle pousse encore largement vers ce type de pratiques.

Ce paradoxe s’explique en partie par la vitesse et la contrôlabilité perçues de l’achat de liens. En théorie, il permet de « fabriquer » rapidement un volume de backlinks, de cibler des ancres, des thématiques et des métriques de domaine sur mesure. Mais cette logique repose sur une hypothèse qui n’est plus vraie : celle d’un lien considéré par Google comme un vote quasi mécanique, quelle que soit sa provenance réelle ou son contexte éditorial.

Or, la montée en puissance des systèmes anti‑spam et des signaux de qualité globale rend ces liens achetés beaucoup plus vulnérables. L’augmentation de la perception de risque chez les SEO provient précisément de là : il devient de plus en plus difficile de garantir que les liens acquis via des marketplaces, réseaux ou sites « faits pour vendre du lien » aient un impact positif, et encore plus difficile de s’assurer qu’ils ne deviendront pas, à terme, un facteur de fragilité lors des prochaines mises à jour.

SpamBrain et les mises à jour “spam” : la neutralisation du volume artificiel

Depuis 2021, Google a accéléré la cadence des mises à jour anti‑spam dédiées spécifiquement aux liens : June & July 2021 Link Spam Updates, December 2022 Link Spam Update, sans oublier les Spam Updates d’octobre 2022 et 2023 puis de mars et juin 2024. Au cœur de ce dispositif se trouve SpamBrain, un système de détection alimenté par l’IA qui vise non seulement à repérer les schémas de liens artificiels, mais aussi à les neutraliser.

Le terme clé ici est justement « neutraliser ». Dans de nombreux cas, Google ne cherche plus nécessairement à pénaliser de manière visible les sites cibles, mais plutôt à rendre les liens issus de réseaux de vente de backlinks, d’échanges massifs ou de sites créés uniquement pour vendre des liens tout simplement nuls en termes de poids. Le volume artificiel est alors vidé de sa substance : les dizaines ou centaines de domaines achetés à la chaîne peuvent exister dans les outils, mais peser 0 dans l’algorithme.

Pour les stratégies basées sur la quantité, cette logique est dévastatrice. On peut continuer à empiler des backlinks, mais si SpamBrain les classe dans la catégorie « spam ou non vérifiable », leur existence ne crée plus d’avantage concurrentiel. Pire, ce bruit de fond peut rendre plus complexe l’analyse de son propre profil de liens et masquer les signaux réellement utiles. D’où l’importance croissante de privilégier un corpus restreint de liens crédibles, traçables et cohérents plutôt que de s’abriter derrière des chiffres bruts.

Google, l’autorité et la pertinence : quand le volume ne suffit plus

Les analyses SEO de 2023 à 2025 convergent sur un constat : Google accorde davantage de valeur à la pertinence et à l’autorité réelle des liens qu’à leur simple nombre. Les backlinks provenant de marketplaces, de PBN ou de sites conçus uniquement pour vendre des liens sont de plus en plus souvent ignorés après les Link Spam Updates de 2023 et 2024. Les outils tiers continuent parfois de leur donner des métriques flatteuses, mais sur les courbes de trafic réel, leur impact tend vers zéro.

En parallèle, l’introduction des expériences génératives (SGE / AI Overviews) renforce le poids de signaux comme la fraîcheur du contenu, l’autorité de la source et la qualité éditoriale globale. Dans ce contexte, un lien positionné au cœur d’un article obsolète, hors sujet, ou sur un site peu consulté, même avec un Domain Rating élevé, pèse mécaniquement moins qu’une citation dans un contenu récent, aligné sur l’intention de recherche et réellement lu par les utilisateurs.

Cette évolution renforce l’idée de liens vérifiables. Un backlink de valeur est désormais celui que l’on peut examiner concrètement : on connaît l’auteur, on comprend le contexte de la citation, on voit que la page reçoit du trafic et suscite de l’engagement. À l’inverse, un lien noyé dans un réseau de contenus génériques, sans audience ni interactions, a de plus en plus de chances d’être traité comme un simple bruit statistique dans l’index de Google.

La fuite des API Google 2024 : confirmation du rôle des “liens vérifiables”

La fuite de documentation d’API Google en 2024, abondamment disséquée par la communauté SEO, a apporté des indices précieux sur la façon dont le moteur évalue les liens. Les documents suggèrent que Google suit finement la fraîcheur des backlinks, l’autorité des sources, les profils d’auteurs et même certains signaux d’engagement comme les clics ou les interactions associées.

Si cette fuite ne fournit pas une « recette » de l’algorithme, elle va clairement dans le sens de ce que les praticiens observaient depuis plusieurs années : un petit nombre de liens issus de sources identifiées, actives et engageantes a plus de poids qu’un volume massif de backlinks peu cliqués, provenant de sites dont la qualité éditoriale est difficilement vérifiable. La logique de « profil naturel » se double d’une logique de « profil crédible ».

Pour le netlinking, cela change la manière même de considérer un bon lien. Ce n’est plus uniquement un indicateur de popularité externe, mais un signal composite : qui parle du site, dans quel contexte, à quel moment, avec quel niveau d’engagement utilisateur. Construire un profil de liens vérifiables signifie donc : viser des médias d’autorité, des auteurs identifiés, des contenus susceptibles de générer du trafic réel, plutôt que des placements anonymes et statiques sur des pages sans vie.

rel=nofollow, sponsored, ugc : une granularité au service de la fiabilité

Depuis la mise à jour de septembre 2019, Google traite les attributs rel="nofollow", rel="sponsored" et rel="ugc" comme des « hints » et non plus comme de simples directives strictes. Autrement dit, ces attributs indiquent la nature du lien sans forcément le disqualifier totalement. Cela permet au moteur de mieux comprendre l’écosystème des backlinks et de distinguer différents niveaux de fiabilité.

L’introduction de rel="sponsored" a ainsi pour but explicite de qualifier les liens payants, tandis que rel="ugc" signale les contenus générés par les utilisateurs (forums, avis, commentaires). Pour le netlinking, cela signifie que Google dispose de davantage de granularité pour différencier les citations éditoriales spontanées des liens potentiellement manipulatoires ou publicitaires.

Dans une logique de liens vérifiables, ces attributs deviennent autant de signaux supplémentaires pour construire un profil sain. Un site qui marque clairement ses liens sponsorisés, tout en obtenant par ailleurs des citations éditoriales en dofollow depuis des sources reconnues, envoie un message de transparence. À l’inverse, un profil saturé de liens sans attribut, issus de contextes manifestement commerciaux ou générés automatiquement, risque davantage d’être reclassé comme suspect et dévalorisé, même sans pénalité explicite.

Les profils toxiques : quand le volume devient un signal de risque

Les témoignages récents (2023, 2024) sur r/SEO illustrent dramatiquement la vulnérabilité des profils construits ou pollués par du volume non vérifiable. Certains propriétaires de sites évoquent le désaveu de 2,5 millions de backlinks et de plus de 3 500 domaines référents purement spammy : fermes de liens, sites étrangers douteux, ancres hors sujet, contextes non thématiques. Malgré ce nettoyage massif, ces projets ont subi des chutes de trafic supérieures à 75 % après certaines mises à jour.

Ces cas montrent que l’accumulation d’énormes volumes de liens incohérents est moins un avantage qu’un facteur de risque structurel. Même si Google affirme savoir ignorer une grande partie du spam, la présence de ces signaux en quantité industrielle complique la lecture globale de la qualité d’un site. Lorsque les Core Updates réévaluent le combo contenu + popularité, un profil largement alimenté par des liens non pertinents ou indéchiffrables peut être reclassé comme peu crédible.

Dans cette optique, la notion de lien vérifiable prend un sens défensif autant qu’offensif. Il ne s’agit plus seulement de gagner des positions, mais aussi d’éviter de devenir fragile aux fluctuations algorithmiques. Un profil resserré, clair, documenté, où chaque lien peut être inspecté et justifié, résiste mieux aux tempêtes qu’une montagne de backlinks douteux, même si cette dernière donne l’illusion de puissance dans certains outils.

Core Updates 2024 : contenu non utile + liens faibles = invisibilité

Les Core Updates de mars et août 2024 ont renforcé un message que Google martèle depuis plusieurs années : l’évaluation se fait à l’échelle globale du site, en combinant qualité de contenu et fiabilité du profil de liens. De nombreux retours de la communauté témoignent de sites passés de plusieurs milliers de visites par jour à quelques dizaines, sans action manuelle, simplement après une re‑réévaluation algorithmique.

En examinant ces cas, un pattern revient fréquemment : contenus qualifiés de « non utiles » (faible valeur ajoutée, duplication, superficialité) associés à un profil de backlinks très large mais peu crédible. Annuaires en série, guest posts génériques, communiqués de presse automatisés et articles faiblement engageants composent souvent l’essentiel de la popularité externe de ces domaines. Le message implicite est clair : quantité de contenus + quantité de liens ne remplacent pas utilité réelle + crédibilité vérifiable.

Pour se prémunir contre ce type de recalibrage brutal, la stratégie la plus durable consiste à aligner le netlinking sur une logique éditoriale forte. Chaque lien devrait pouvoir être relié à un contenu réellement utile, à une intention de recherche identifiée, à un public défini. Un profil bâti autour de quelques piliers thématiques solides et de quelques partenaires éditoriaux légitimes offre bien plus de résilience qu’un maillage artificiel reposant sur le volume.

Recherche académique et UX : ce qui fait réellement un “bon lien”

Les travaux académiques récents sur la prédiction d’ancres (« Anchor Prediction », 2023) apportent un éclairage complémentaire sous l’angle de l’expérience utilisateur. Ces recherches montrent que les utilisateurs tirent davantage de valeur des liens qui les conduisent directement vers la section la plus pertinente de la page cible, plutôt que vers une page vague ou générique. Ce qui compte, ce n’est pas seulement la présence d’un lien, mais sa capacité à répondre précisément au besoin informationnel.

Transposé au SEO, un « bon lien » répond à deux critères clés : cohérence sémantique entre le contexte d’origine et la page cible, et rapidité avec laquelle l’utilisateur accède à l’information recherchée. Cela rejoint la notion de lien vérifiable : un backlink de qualité se lit, se comprend et se teste facilement, tant par un humain que par un algorithme. À l’inverse, un lien glissé dans un paragraphe hors sujet ou menant vers une page fourre‑tout a peu de chances de générer de l’engagement, et donc de la valeur.

Les moteurs de recherche tentent justement de modéliser ces dimensions comportementales. Un lien contextuel, inséré dans un texte explicatif, qui obtient des clics et retient les utilisateurs, envoie des signaux forts de pertinence et de fiabilité. Construire un profil basé sur ce type de liens, plutôt que sur des placements mécaniques d’ancres commerciales, revient à se rapprocher du fonctionnement réel du Web, où un lien est avant tout un pont utile entre deux informations.

Stratégies 2024, 2025 : “bad link building is dead”

Les synthèses publiées en 2024 et 2025 sur l’état du netlinking convergent vers une formule devenue presque un mantra : « link building is not dead, bad link building is ». Le marché des liens vendus en masse , marketplaces, communiqués de presse à la chaîne, annuaires généralistes , subit une forme de mort économique : ces leviers coûtent cher, exposent aux risques, et produisent de moins en moins de résultats mesurables.

En parallèle, les liens éditoriaux continuent de prouver leur efficacité : citations de marques dans les médias, blogs experts, études de cas, ressources pédagogiques ou outils en ligne. Ce sont précisément ces backlinks qui remplissent les critères de vérifiabilité : auteur identifiable, média reconnu, trafic réel, possibilité de mesurer l’engagement. Ils nécessitent plus d’efforts , production de contenus « citables », développement de relations presse et influence, animation de communautés , mais leur retour sur investissement est sensiblement plus durable.

Concrètement, une stratégie moderne de netlinking devrait s’articuler autour de trois axes : créer des actifs de contenu qui méritent naturellement d’être cités (études originales, données propriétaires, outils gratuits), développer un réseau de partenaires éditeurs de confiance et accepter que la croissance du profil de liens soit progressive, plutôt que spectaculaire. À terme, ce sont ces liens vérifiables, obtenus dans des contextes légitimes, qui constitueront la véritable « autorité » d’un site, bien au‑delà de tout score artificiel.

Le netlinking n’est donc pas en train de disparaître : il change de nature. L’ère des listes de dizaines de milliers de domaines référents comme argument commercial est révolue. La valeur se déplace vers la capacité à démontrer, pour chaque lien important, qui le publie, pourquoi, dans quel contexte et avec quel impact réel sur les utilisateurs. Dans ce nouveau paradigme, un profil resserré de backlinks vérifiables vaut mieux qu’une forêt de signaux opaques.

Pour les entreprises comme pour les SEO, le défi des années à venir sera d’apprendre à dire « non » à une partie du volume pour dire « oui » à la cohérence, à la traçabilité et à l’utilité. Cela implique de repenser les budgets (moins d’achat mécanique, plus d’investissement éditorial), de revoir les indicateurs de performance (moins de quantitatif brut, plus de mesures d’engagement) et d’accepter que la construction d’une autorité durable passe, avant tout, par la confiance. Des liens vérifiables, plutôt que nombreux, sont la meilleure assurance contre les futures vagues algorithmiques.

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